Je suis rendu fou-analyste. Pour ne pas dire
analyste-fou. Et maintenant, en plus, j'utilise des farces qui sont utilisés par tous partout. Oui, je
viens de regurgiter la farce classique de revirement de mots : fou-analyste et analyste-fou. « Ha ha ha, »
je vous entends rire. C'est, par contre, un rire assez sarcastique, non? Comment le sais-je? Je suis
fou-analyste, bien sûr. Avant de me compliquer la vie, je vous dois de m'expliquer.
Fou-analyste : fou de l'analyse, maniaque du savoir,
ensorcelé par le comportement de soi et des autres et la raison derrière ce dernier. Je me bourre le crâne
de données souvent imprécises inspirées des actions dans mon entourage. Pourquoi imprécises? Puisque les
vraies données sont très difficiles à acquérir, il faut donc combler le vide avec des données fausses, à
partir desquelles tous les raisonnements ensuite se trouvent, évidemment, viciés. (Gide, 1919) Je ne peux
pas laisser passer les choses. Chaque pause, chaque croisement des bras, chaque coup d'oeil, chaque battement
des paupières, chaque sourire, chaque soupir, chaque chaque chqaue cqhaue cqahue qachue qacuhe qcuahe
quache quahce quahc quahc quac quack. Après un certain temps, ça fait seulement : quack quack quack. Ça
ne veut plus rien dire. Excepté pour le fait que ça pointe vers une autobiographie. Je me perds dans la
description de l'analyse et la divergence de mes descriptions; la différence entre ce qui est arrivé hier
et aujourd'hui divisé par le delta de ce qui est arrivé entre vendredi et samedi dernier. Ceci, pour découvrir
si mon progrès personnel de cette semaine est proportionnellement plus que celui de la semaine dernière.
À un moment donné, il faut tirer une conclusion. En fin de compte, je ne sais pas si c'est moi qui
tire les conclusions ou si ce sont elles qui me tirent.
Revenons-en à la raison derrière cette obsession pour
la raison : l'origine de cette tendance psycho-anal-ogue. On dit que l'éducation a pour but d'éduquer
l'individu. Le problème, c'est que le système éducationnel que l'on retrouve dans nos écoles et nos
universités est axé vers l'anal-yse et non la créat-yse. Je suis un produit de cette usine manufacturière;
de cette ligne d'assemblée qui n'est que droite et sous les lumières froirescentes. L'esprit d'analyse prime.
Analyse et rigueur: 50 points. Originalité : 5 points bonis. Ah oui, ah oui.
Vous savez donc maintenant comment j'ai pu défricher
ce fléau qu'est mon esprit analytique. Comme Mauriac, décrivant quelqu'un qui était "plus intelligent"
qu'un autre, a dit : « Il comprend tout et n'exprime rien. Il ne compose pas, il ne crée pas. » (1969) Je
ne veux plus comprendre, je veux exprimer.
(e. gosselin)
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